24.05.2009

LA PAC

Petites vaches au pré... C'est comme ça qu'on les aime!

06.03.2009

Jack London... une voix dans l'abîme

L'enfance retient "Croc blanc"... l'aventure des hommes et des loups. Or, plusieurs livres de Jack London sont écrits sur le marbre de l'expérience humaine, dérives et courses à la survie, dans un monde souvent hostile. Une loterie banale, basée sur l'injustice. Les forts gagnent, les autres sont nés perdants.

Au départ, "Le peuple de l'abîme" est conçu sous la forme d'un reportage. Jack London écrit, il prend aussi des photographies.

Ce peuple est replié sur lui-même, et l'auteur comprend que sa mission n'est réalisable, qu'à une seule condition: il doit se faire "adopter", et pénétrer par la petite porte de la misère. Pour commencer, il troque ses vêtements contre des chiffons, et s'enfonce dans la nuit des pauvres, du quartier de l'East End, à Londres.

Nous sommes en 1902, la révolution industrielle bat son plein, et les riches n'ont pas à s'en plaindre. A l'autre bout de la ville, des milliers d'êtres humains ne voient jamais le soleil. Ils sont pauvres, miséreux, et condamnés à la souffrance. Taudis, famine, armée du salut... chômeurs et travailleurs pauvres, n'ont pas plus d'espérance que des damnés. Ce "marche ou crève" est atroce, révoltant. Ainsi, les sans-abris sont obligés de tourner toute la nuit, car il est interdit de s'endormir sur les bancs de Londres.

On doit lire ou relire ce livre. Il nous éclaire sur l'inaptitude récurrente des systèmes et des dirigeants à aider les plus faibles. A force de penser l'humain comme seule valeur marchande... on détruit la vie. Oui, la misère peut tuer, autant qu'une guerre, et plus même.

Ophélie Grevet ⓒ 6 mars 2009

Extrait:

..." Lorsqu'il y a plus d'hommes pour travailler qu'il n'y a de travail à faire, tous ceux qui se trouvent en surplus sont relégués au nombre des incapables, et sont en tant que tels condamnés à une destruction progressive et massive. Le but des chapitres qui vont suivre sera de prouver comment on élimine, comment on détruit les incapables en les contraignant à vivre de façon dégradante, mais encore de démontrer comment les forces de la société industrielle telle qu'elle existe aujourd'hui renouvelle constamment et sans aucun complexe le nombre des
sans emploi". Jack London ⓒ (Le peuple de l'abîme)

20.02.2009

Droit de réponse d'une Charolaise

La bourse s'effondre chaque jour un peu plus... ET ALORS?

A la Une d'un quotidien régional, l'histoire écoeurante de cet agriculteur qui a laissé mourir de faim une vingtaine de vaches charolaises. On raconte que cet homme est malade. Pourtant l'énorme exploitation qu'il partage avec son frère, aurait pu embaucher... créer un emploi, pour éviter le pire.

Vache numéro 2526 BA:

"Tout a commencé l'été dernier... L'une d'entre nous a perdu la vie dans des circonstances, restées obscures. Nous sommes 800 dans le cheptel de cet agriculteur de l'Auxois. Avant le Concile de Trente, on aurait dit 800 âmes. Aujourd'hui nous ne sommes qu'un troupeau de vaches.

Je fais partie des survivantes... Hier, les hélicoptères de la gendarmerie ont tourné au-dessus des prés, pour en retrouver d'autres. Ils ont trouvé les carcasses de mes 20 copines dans un secteur, rapidement délimité par un périmètre de sécurité. La peste, on s'en méfie dans ces vertes vallées. Alors, deux précautions valent toujours mieux qu'une.

A l'abandon, depuis des mois, je les ai vus arriver de loin. Ils nous ont apporté des bottes de foin et une citerne d'eau. Ruminer, enfin! J'avais oublié le goût du fourrage... L'hiver, l'herbe est rase. Par moins 20, plus rien à brouter. Ventre creux, mon museau fume comme une cheminée, et mon coeur s'arrête, par intermittence. Nos sabots gèlent dans les parcelles désertes. Pas un chat dehors, sauf nous. Les haies sont nues, pas une feuille dans les arbrisseaux, et les mousses ont une saveur amère. Le givre colore tout en blanc... Immaculés, le ciel et la terre se mélangent. Pas un tracteur, à l'horizon. A cette saison, on ne les sort pas. Même les vers de terre ont disparu, bien au chaud dans les taupinières. J'ai froid, j'ai faim... des glaçons pendent au bout de mes cils, j'ai mal aux yeux.

Je suis née, pour vous donner des protéines... C'est à dire qu'on m'engraisse, pour me tuer. En tournedos, vous m'appréciez. Hum, hum... Viande rouge, cuite à point ou bleue, au miroton ou à la bourguignonne, douceur exquise dans votre palais.

A présent, je ne ressemble plus à rien. J'ai l'air d'une vache maigre, comme en Inde. Au moins, elles sont aimées, là-bas! Alors que nous... Bonnes à bouffer, sans plus.

Oh, j'oubliais, nous sommes les "stars" du salon de l'agriculture. Un sourire pour la photo, merci.

Ils vont me soigner, et si je reprends de belles formes... d'ici quelques mois, j'aurai l'honneur de finir dans votre assiette, accommodée d'une plâtrée de haricots verts. Laissez-moi, à présent... je dois retourner avec les autres, dans ma stabulation".


Bon, une vache qui s'exprime... c'est un peu délirant, je vous l'accorde. Pourtant, cette histoire est vraie. Et si les vaches ne parlent pas, je crois sincèrement, qu'elles savent pleurer. Veau, vache, cochon, homme... vous avez dit Homme?


Ophélie Grevet ⓒ 20/02/2009