03.02.2009
Impressions Helvétiques
Danse macabre de l'amour. Visite au Musée de Bâle. Une fugue à deux, amoureuse. Portes vitrées, et contre-jour. La ronde des flocons, oubliée à l'extérieur. Tout semble obscur en entrant et, soudain... le souffle se bloque. Vermeer ne s'y serait pas trompé... couleurs, contrastes et signes volent en éclats. On se laisse surprendre et prendre à la gorge par le panneau central. Au regard, l'oeuvre se laisse effleurer; elle offre un foisonnement d'enjambements, des cabrioles, des sauts de chevreuils, pourrait-on dire, sur fond terrestre crayeux. A peine soulignées de quelques traits noirs, les nuées courent se fondre dans l'Infini. Des ronces s'en vont griffer l'azur, et les coeurs.
Se promener là, fiche la chair de poule. A moins d'être un enfant de Maldoror ou de Lovecraft, la première impression choque l'oeil non initié. En effet, il faut un certain entraînement visuel pour déceler dans un tel chaos d'ossements, l'idée première de la représentation de cette danse. Une triste vérité s'impose, la Mort fauche, s'active, dévaste tout. Elle frappe à travers les siècles, sans discontinuer. Pour elle, point de pause, de silence, de relâche. Chez elle, les vanités s'absorbent, s'oublient, s'effacent. Une étape figurative... Un squelette se love comme un serpent au pied d'un arbre, les doigts recroquevillés sur la chair d'un fruit. Valse des tibias dans les bras des pierres. Un crâne gît sur un banc de sable. Pas de confusion, même si de loin, on dirait une calebasse.
Echec et mat, à la mélancolie. Peu à peu, l'air remonte dans les poumons, le rose aux joues reparaît, le coeur bat. En sourdine, un vol de papillons. Muses... en sabots de bois. Eloignement... l'enfance à dos d'un cheval de feu. Aimer en regard d'une telle pantomime, quelle extravagance! Tout est appelé à disparaître, ne l'oublions pas... le chant de l'oiseau, le baiser des amants et le parfum des roses. Réflexion. L'artiste s'est joué de ce fatum macabre et inéluctable, en le transgressant. La complainte des siècles a pris des accents naïfs sous son pinceau. Ignorant les bâtisseurs de cathédrales et autres freluquets de l'apocalypse, jetant ici ou là quelques fioritures osées, visionnaires, non académiques, il s'est moqué d'une destinée humaine trop arbitraire, en deux temps trois mouvements... même si la Danse, comme les battements atrocement lents d'une horloge solaire, nul jusqu'à aujourd'hui, n'a jamais su l'arrêter.
Ophélie Grevet ⓒ
23:48 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : peinture, musée, littérature










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