10.02.2009
Le plafond peint
Le hall de gare. Rezvani expose ses visions sur le monde des voyages. Il offre à des passagers très pressés une série de fresques vers qui, il fait bon se tordre le cou. On lève la tête, et là... machines, boulons, ferraille en abondance, sous les ogives en acier blanc de la gare de l'Est, véritables balancelles pour quelques piafs égarés, dévident à profusion l'histoire... toute l'histoire, ou presque, du chemin de fer en quelques coups de pinceau.
Au sol, il y a du transit dans l'air. L'illusion marche à fond les manettes. L'impression générale se focalise sur un seul mot: départ. Zut, encore raté... Ce départ, avec tout ce qu'il véhicule comme chamades, pointillés, coeurs battants et autres impatiences, n'est malheureusement pas au rendez-vous. Comme toujours, ce matin, il y a ceux qui partent et ceux qui rêvent.
Une heure plus tôt, au jardin du Luxemboug, un clochard semblait collé à son banc, comme un gosse sur les genoux de sa mère. Depuis, il y roupille encore. Pas un regard vers lui, promenade au seuil de l'humanité. Les jambes des passants... marche à deux temps, sans Kreutzer.
Un coeur de feuilles mortes. Sonate et soeur d'une réalité à dessiner, plus tard.
En cette fin d'été, le soleil frappe en diagonale, quelques massifs de fleurs aux coloris étrangement triomphants. Un soleil éreinté, épuisé d'été, il faut le voir pour y croire! Il fait si jaune parmi ces fleurs... Un jaune primitif et décadent: le jaune des conquêtes de l'homme. Ce jaune, que tous appellent de leurs voeux depuis que le monde est monde; l'OR. C'est donc pour ça que les hommes s'entretuent?
Un touriste s'approche du bassin, se plie en deux, pose un genou sur le sable, puis étire ses bras vers l'eau. Une carpe dans l'objectif, raté. Le souvenir promet d'être flou... C'est à cet instant précis, qu'une paire de lunettes en écaille de tortue traverse la perspective, plonge dans l'eau stagnante, remonte et, disparaît. Un touriste engoncé dans un costume saumon quitte la pose sans regrets. Il s'éloigne du bassin, déçu, bras ballants, zigzaguant, marchant à l'aveuglette.
Hier, à la radio, un certain V parlait de Bounine comme d'un écrivain sans complexe. Un auteur russe dont l'érotisme serait direct, franc, sans censure, et toujours fortement lié à la trame de ses oeuvres romanesques. Pardon, mais je lis Bounine et, au-delà de cet érotisme dont parle V, je me plais à vagabonder dans ses "Allées sombres", comme dans un univers riche en pure poésie.
Une halte chez Gallimard, plus d"Ombre". "Le témoin" de Célan, épuisé, lui aussi... dommage. Alors, choisir un livre de Thomas Bernhard, à défaut... et, revenir sur mes pas. Boulevard Saint-Germain, un chien de chasse court dans tous les sens. Il a encore son collier, avec sa laisse, au bout. C'est si facile de larguer un animal.
L'humain me donne la nausée.
Plus loin, je croise cet(te) auteur(e), Claire quelque chose... pressée, la dame semble réellement en vrac. Moi aussi.
Incertitude. Dérapage. Pollution. Pour fuir tout ça, je saute dans un bus, direction la gare de l'Est.
Et voici, comment ou pourquoi, en cette fin d'été au soleil épuisé, je scrute de fond en comble les plafonds d'un gare bien connue, histoire d'imaginer trente-six voyages.
Ophélie Grevet ⓒ (Extrait, tous droits réservés)
14:44 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : lire/expo/art










Commentaires
-15-> Bonjour chère Ophélie,
Un texte dont le son des mots ne m'incite pas à sortir de ma chambre basse pour aller contempler le plafond jaune du monde. Néanmoins, il mérite d'être lu...
Bien à vous, amicalement, Jack.
Ecrit par : © Jack Maudelaire | 10.02.2009
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