14.02.2009

Le cheval couché de XAVIER GRALL


- Le cheval couché de XAVIER GRALL (extraits... livre de poche, 1975)


" Oyez , bonnes gens! Voici une poésie haletante, écartelée, lyre tendue jusqu'à craquer. Une poésie bâtie dans le quotidien des travailleurs sans travail, des veuves sans amour, des amours sans abri, des chiens, des ploucs, des bistrots.

... Nous portons dans nos têtes des siècles sacrifiés. Nous ramons à contre-courant dans un lac obscur, nous sommes les rameurs malades d'un océan vaincu à reconquérir, nous sommes les Celtes morts qui s'en reviennent, les chiens bleus et brisés de la route latine, nous sommes les fugitifs de la grande ombre asilaire, nous sommes partis sur nos barques sensibles, nous sommes les boucaniers insolents et les pilleurs de nos propres épaves, nous savons les algues et les marées... Maudits sans doute, mais il nous faut aller jusqu'au bout de la malédiction, afin de toucher enfin, libres, aux rives radieuses d'innocence.

... Alors ceci: la bretonnité qui se tâte, s'éprouve, s'exaspère en se cherchant en dehors des règles et des parapets, serait-elle semblable à la négritude tragique de Harlem ou de Port-au-Prince?

... A la fin, qui sommes-nous donc? Des voyants ou des aveugles? Des êtres libres ou de pitoyables aliénés?"


XAVIER GRALL ⓒ


Journaliste, romancier, poète, Xavier Grall est parti trop tôt...

Chantre d'une Bretagne Libre, vivante et sans complexe, il refuse la censure et autres encroûtements dictés par un pouvoir parisien centrifuge.

Un beau jour, il quitte Paris, ses petits fours et ses embrouilles professionnelles pour retrouver sa terre natale, amante palpitante de "vieux frémissements celtiques".

Le cheval de Xavier Grall, s'ouvre sur un véritable pamphlet à l'encontre du fameux "Cheval d' Orgueil" de Pierre-Jakez Hélias. L'auteur préfère laisser les purs-sang au Breton bon teint, professeur agrégé et chroniqueur à Ouest-France, pour nous parler d'un petit cheval ivre de liberté. Son cheval à lui, est couché... haridelle claudiquant et trottant au bord des falaises, qui aimerait tant courir à la mer, pour nous transporter hors du train-train des bien-pensants ou bienfaisants d'un monde de plus en plus absurde.

Un univers qui, dès l'ouverture du chapitre: "La rage des jours", coule comme du bon lait poétique. Pas un mot ne bute, se fracasse ou s'écrase sur la façade du bel effet. Couleurs et plaies, sur le rivage... là où la mer, n'en finit plus de danser et de chanter, ses archipels ressemblent à la palette de Vincent Van Gogh; mélange à lire, par jours de pluie. Une élégie à la Vie, que Xavier Grall, distille avec passion et sans parcimonie, dans un livre toujours brûlant d'actualité.

Ophélie Grevet ⓒ

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