08.08.2009
DISPARITION
Toi sans moi, tout a une fin
La terre peut fermer boutique
Et les trembles rêver du Mexique
Chuchotements... il pleut.
Ophélie Grevet-Soutra ⓒ
22:06 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : poésie, littérature...
06.03.2009
Jack London... une voix dans l'abîme
L'enfance retient "Croc blanc"... l'aventure des hommes et des loups. Or, plusieurs livres de Jack London sont écrits sur le marbre de l'expérience humaine, dérives et courses à la survie, dans un monde souvent hostile. Une loterie banale, basée sur l'injustice. Les forts gagnent, les autres sont nés perdants.
Au départ, "Le peuple de l'abîme" est conçu sous la forme d'un reportage. Jack London écrit, il prend aussi des photographies.
Ce peuple est replié sur lui-même, et l'auteur comprend que sa mission n'est réalisable, qu'à une seule condition: il doit se faire "adopter", et pénétrer par la petite porte de la misère. Pour commencer, il troque ses vêtements contre des chiffons, et s'enfonce dans la nuit des pauvres, du quartier de l'East End, à Londres.
Nous sommes en 1902, la révolution industrielle bat son plein, et les riches n'ont pas à s'en plaindre. A l'autre bout de la ville, des milliers d'êtres humains ne voient jamais le soleil. Ils sont pauvres, miséreux, et condamnés à la souffrance. Taudis, famine, armée du salut... chômeurs et travailleurs pauvres, n'ont pas plus d'espérance que des damnés. Ce "marche ou crève" est atroce, révoltant. Ainsi, les sans-abris sont obligés de tourner toute la nuit, car il est interdit de s'endormir sur les bancs de Londres.
On doit lire ou relire ce livre. Il nous éclaire sur l'inaptitude récurrente des systèmes et des dirigeants à aider les plus faibles. A force de penser l'humain comme seule valeur marchande... on détruit la vie. Oui, la misère peut tuer, autant qu'une guerre, et plus même.
Ophélie Grevet ⓒ 6 mars 2009
Extrait:
..." Lorsqu'il y a plus d'hommes pour travailler qu'il n'y a de travail à faire, tous ceux qui se trouvent en surplus sont relégués au nombre des incapables, et sont en tant que tels condamnés à une destruction progressive et massive. Le but des chapitres qui vont suivre sera de prouver comment on élimine, comment on détruit les incapables en les contraignant à vivre de façon dégradante, mais encore de démontrer comment les forces de la société industrielle telle qu'elle existe aujourd'hui renouvelle constamment et sans aucun complexe le nombre des
sans emploi". Jack London ⓒ (Le peuple de l'abîme)
23:45 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : littératurepoésieécriturecritique
10.02.2009
Le plafond peint
Le hall de gare. Rezvani expose ses visions sur le monde des voyages. Il offre à des passagers très pressés une série de fresques vers qui, il fait bon se tordre le cou. On lève la tête, et là... machines, boulons, ferraille en abondance, sous les ogives en acier blanc de la gare de l'Est, véritables balancelles pour quelques piafs égarés, dévident à profusion l'histoire... toute l'histoire, ou presque, du chemin de fer en quelques coups de pinceau.
Au sol, il y a du transit dans l'air. L'illusion marche à fond les manettes. L'impression générale se focalise sur un seul mot: départ. Zut, encore raté... Ce départ, avec tout ce qu'il véhicule comme chamades, pointillés, coeurs battants et autres impatiences, n'est malheureusement pas au rendez-vous. Comme toujours, ce matin, il y a ceux qui partent et ceux qui rêvent.
Une heure plus tôt, au jardin du Luxemboug, un clochard semblait collé à son banc, comme un gosse sur les genoux de sa mère. Depuis, il y roupille encore. Pas un regard vers lui, promenade au seuil de l'humanité. Les jambes des passants... marche à deux temps, sans Kreutzer.
Un coeur de feuilles mortes. Sonate et soeur d'une réalité à dessiner, plus tard.
En cette fin d'été, le soleil frappe en diagonale, quelques massifs de fleurs aux coloris étrangement triomphants. Un soleil éreinté, épuisé d'été, il faut le voir pour y croire! Il fait si jaune parmi ces fleurs... Un jaune primitif et décadent: le jaune des conquêtes de l'homme. Ce jaune, que tous appellent de leurs voeux depuis que le monde est monde; l'OR. C'est donc pour ça que les hommes s'entretuent?
Un touriste s'approche du bassin, se plie en deux, pose un genou sur le sable, puis étire ses bras vers l'eau. Une carpe dans l'objectif, raté. Le souvenir promet d'être flou... C'est à cet instant précis, qu'une paire de lunettes en écaille de tortue traverse la perspective, plonge dans l'eau stagnante, remonte et, disparaît. Un touriste engoncé dans un costume saumon quitte la pose sans regrets. Il s'éloigne du bassin, déçu, bras ballants, zigzaguant, marchant à l'aveuglette.
Hier, à la radio, un certain V parlait de Bounine comme d'un écrivain sans complexe. Un auteur russe dont l'érotisme serait direct, franc, sans censure, et toujours fortement lié à la trame de ses oeuvres romanesques. Pardon, mais je lis Bounine et, au-delà de cet érotisme dont parle V, je me plais à vagabonder dans ses "Allées sombres", comme dans un univers riche en pure poésie.
Une halte chez Gallimard, plus d"Ombre". "Le témoin" de Célan, épuisé, lui aussi... dommage. Alors, choisir un livre de Thomas Bernhard, à défaut... et, revenir sur mes pas. Boulevard Saint-Germain, un chien de chasse court dans tous les sens. Il a encore son collier, avec sa laisse, au bout. C'est si facile de larguer un animal.
L'humain me donne la nausée.
Plus loin, je croise cet(te) auteur(e), Claire quelque chose... pressée, la dame semble réellement en vrac. Moi aussi.
Incertitude. Dérapage. Pollution. Pour fuir tout ça, je saute dans un bus, direction la gare de l'Est.
Et voici, comment ou pourquoi, en cette fin d'été au soleil épuisé, je scrute de fond en comble les plafonds d'un gare bien connue, histoire d'imaginer trente-six voyages.
Ophélie Grevet ⓒ (Extrait, tous droits réservés)
14:44 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : lire/expo/art
16.01.2009
1987
Trois ans plus tôt, ça donnerait le titre d'un roman...
Ici, c'est un ruisseau.
En 1987, j'étais déjà auteur dramatique. Or, la soif d'écrire, tout en me démangeant, existait toujours en parallèle de ma vie de comédienne. Une toute petite vie, car franchement, ça ne gazait pas terrible! Pour me consoler, je me répétais souvent la petite phrase de Jean-Louis Barrault, lâchée dans une interview radiophonique au théâtre de la Gare d'Orsay: " Pour réussir dans ce métier, il faut 10 % de talent et 90 % de chance".
Une page d'intermittence...
1987. Le théâtre... en vérité, je passe beaucoup plus de temps à l'Arsenal, à lire et potasser des auteurs dramatiques, qu'à jouer. Doucement, ma vocation s'éteint, et je m'enferme dans les mots. Parfois, je tente encore ma "chance"... je fonce et, pour une fois, je décroche un rendez-vous avec madame Bloch, au théâtre du Palais Royal.
Le jour "J" arrive, et je pointe mon museau à l'entrée des artistes.
Le réceptionniste me demande: "Vous venez pour l'audition? " Bien sûr, je n'hésite pas une seconde et je réponds, oui. Une belle pagaille règne dans les lieux... Des filles splendides traînent dans les couloirs, toutes plus belles les unes que les autres. A côté, je fais belette. On nous rassemble dans une pièce exiguë et un assistant nous donne une page de texte à apprendre. Deux, trois répliques à retenir... c'est pas la mer à boire. Toutes les dix minutes, la porte s'ouvre et on entend: " Suivante...". Autour de moi, les filles se toisent, s'évaluent, se maquillent, mannequins toujours souriantes, que la nature a comblées. Par habitude, je me concentre sur mon texte. Le rôle à pourvoir est minuscule... une entrée, une phrase, et une sortie. Du boulevard, pur jus. Ah, c'est à moi! Mon coeur bat la chamade, et mon vieux blouson sent le métro. Tant pis, mon seul atout dans un contre-emploi, c'est la carte comique... je vais donc tout miser sur l'humour.
Voilà, j'y suis. La scène est immense et la salle plongée dans le noir. Au premier rang, quelques messieurs occupent des strapontins en papotant. J'ai le temps d'apercevoir le bon visage de Pierre Mondy et son sourire très apaisant... Soudain, tout déraille. Même pas le temps de dire un seul mot, qu'un cri monte côté cour: " NON! PAS VOUS!" Une femme arrive en courant sur la scène et m'attrape pas le bras. Elle me tire vers l'obscurité, tout en me parlant à voix basse. Des larmes commencent à me piquer les yeux... Alors, la dame s'explique: " Cette audition n'est pas pour vous. Je voulais vous rencontrer pour autre chose..." Elle a un beau chignon, cette dame. En d'autres circonstances, je l'aurais trouvée jolie. Là, je marmonne: "Mais, et ma réplique? Je veux passer l'audition..." La dame commence à s'impatienter: "Qui vous a laissé entrer? C'est un vrai moulin, ce théâtre". Une autre fille passe l'audition, elle joue comme un pied. Si ça se trouve, c'est elle qu'ils choisiront. Un moulin... la nervosité de la dame au chignon m'étonne un peu, sans réellement m'impressionner. Pour la soulager, je me justifie: "Je suis ici, car j'ai rendez-vous avec madame Bloch". La dame sursaute et répond: " Je suis madame Bloch. Ecoutez mon petit, cette audition n'est pas du tout pour vous. Je vous avais retenue pour les matinées du Palais-Royal. Ce programme correspond plus à votre registre. Vous devez jouer des classiques, Marivaux, Tchékhov. Dites-moi... j'ai essayé de vous joindre pour annuler notre rendez-vous... Vous n'avez pas de répondeur?". De plus en plus étonnée, je dis non à mi-voix. Elle s'énerve encore: "Vous devriez, un comédien sans répondeur ne peut pas travailler... Ecoutez, rappelez-moi plus tard". La dame s'est éloignée, et je suis sortie du théâtre.
Un détour par les jardins du Palais-Royal, pour respirer... Le soleil court sur l'eau du bassin et mange la moitié du banc, où je reste immobile. Vivre... ici, jour après jour, des moineaux se disputent un quignon de pain.
Ophélie Grevet-Soutra ⓒ 2009
15:17 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : théâtre
14.01.2009
LA PEINTURE COUILLARDE
Lettre de Paul Cézanne à Emile Zola (extrait)
Aix, 8 juillet 1859
MA LORETTE...
... C'est ainsi qu'à mes yeux se présentent parfois
Des êtres ravissants, aux angéliques voix,
Durant la nuit. Mon cher, on dirait que l'aurore
D'un éclat frais et pur à l'envi les colore,
Ils semblent me sourire et je leur tends la main.
Mais j'ai beau m'approcher, ils s'envolent soudain,
Ils montent dans le ciel, portés par le zéphyre
Jetant un regard tendre et qui semble me dire
Adieu! Près d'eux encor je tente d'approcher,
Mais c'est en vain, en vain que je veux les toucher.
Paul Cézanne ⓒ
"La Peinture Couillarde" Paul Cézanne,
aux éditions: Mille. Et. Une. Nuits
15:42 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : art/ peinture/ beaux-arts
03.12.2008
Non à Vichy
CONSEILLERS REGIONAUX REPRESENTANT LE CONSEIL DE LA MAYENNE
HISTORIQUE CHRONOLOGIQUE :
1940 :
Le gouvernement de Vichy par décret crée l’Ordre des médecins . Les membres de l’Ordre sont nommés ( en Mayenne le Docteur AMAUDRUT est nommé Président et les Docteurs AUBIN , CUMIN et LECUIT membres ) . Ils ont des pouvoirs disciplinaires et corporatifs ( fixation des honoraires par exemple ) .
26 janvier 1941 :
La première séance du Conseil de l’Ordre des Médecins de la Mayenne se tient le 26 janvier 1941 , au domicile du Dr. AMAUDRUT . Provisoirement le siège du Conseil est fixé chez le Dr. AMAUDRUT , qui assumera les fonctions de Président et de Secrétaire .
Dans sa séance du 5 avril 1941 , le Dr. AUBIN est nommé Trésorier .
Au cours de la séance du 20 juillet 1941 , le Président annonce que le Conseil d’Administration des Hospices de Laval , accepte de donner l’hospitalité au Conseil Départemental de l ‘Ordre des Médecins de la Mayenne au , 2 rue Ste Anne . Un secrétaire administratif , Monsieur BOULLIER , est recruté .
Nommé pour compléter le Conseil Départemental , le Dr. SOUTRA refuse .
(source google)
18:22 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : histoire, archives...
11.11.2008
14-18... dans l'enfer des tranchées
Le 11 novembre, jour férié pour les uns, simple date pour les autres... certains se souviennent, d'autres essaient de rendre hommage aux 2 millions de soldats français, tués lors de la première guerre mondiale.
Quelques années plus tôt, une femme Marie Curie, se voit remettre un deuxième prix Nobel; le Titanic heurte un iceberg.... A Sarajevo, le 28 juin 1914, on assassine un archiduc et, un mois plus tard, en France, c'est Jaurès qu'on tue. Dès lors, l'Europe est au bord de la guerre. Des alliances vont naître ici ou là, elles n'empêcheront pas la grande tuerie à venir. Le 1er août 1914, l'ordre de mobilisation générale est donné, deux jours plus tard, l'Allemagne déclare la guerre à la France. Des fournées d'hommes vont partir à la guerre, sans se douter de ce qui les attend. Ouvriers, paysans, prêtres, commis, bergers, vignerons, facteurs, bourgeois, artistes, intellectuels... tous ces hommes vont quitter des êtres chers pour marcher au-devant de la mort. Sur 8 millions de mobilisés entre 1914 et 1918, plus de 2 millions périront.
Quant à ceux qui reviennent, ils sont souvent gravement mutilés. Gueules cassées, poumons gazés ou perforés, corps mutilés par des éclats d'obus, pour ces rescapés de Verdun, la Somme, Montmirail, Péronne, Douaumont... la vie ne sera plus la même. Ils n'oublieront jamais, les tranchées, les attaques, les obus, les gamelles froides, le ciel couleur de suie, les tours de veille au créneau et, les bracelets des copains envoyés aux mères comme des faire-parts. En 1916, les troupes françaises reprennent Douaumont, un mois plus tard, l'état-major allemand ordonne l'évacuation du fort de Vaux mais, dans la Somme les combats s'intensifient, on compte 57000 tués. Avec son million de morts des deux côtés, la bataille de Verdun est une véritable hécatombe. Loin du front, dans les grandes villes, la vie devient de plus en plus difficile; gaz, nourriture, électricité, l'heure est aux restrictions. Dans les campagnes on manque de bras pour les moissons.
Au même moment, sur les "champs de carnage"*, les tranchées sont des tombes à ciel ouvert. De combats en combats, la dame à la faux continue sa besogne... réservistes, grenadiers, muletiers, brigadiers, brancardiers, hommes de corvée, lieutenants, colonels, soldats français ou allemands, elle tue inexorablement. Le 31 mars 1916, un jeune poilu écrit à ses parents: " De repos jamais.... je vous dirai que c'est honteux de mener des hommes de la sorte, de les considérer comme des bêtes. "* L'auteur de cette lettre est mort sur le front le 10 octobre 1916.
Ophélie Grevet.ⓒ (novembre 2006)
21:17 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : 11 novembre
09.11.2008
NOYADES...
Comme si l'océan avançait... avançait, avançait
jusqu'aux pieds de la Tour Eiffel.
Clin d'oeil à Alinochka,
l'élève sage et studieuse
de Dubich, en Ukraine.
Noyades... ou la parade des vagues, un jour de pluie.
Ophélie Grevet.ⓒ.
10:55 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
07.11.2008
GAMMES
Ici... tout est interdit
Ici... laisse-moi rire
Instinct, interlude, instrument,
Ivresse du violoncelliste,
Do à do, et là, aussi,
Quelques gammes galopantes,
Icare ou l'Imprévu
D'un morceau choisi de Bach.
Ici... le ventre d'un suicidé sur une plage
Ici... un nom gravé dans la nuit
Ici... un galet rond comme une étoile.
Villa blanche selon Le Corbusier,
Métronome... pour apprendre à jouer,
Non, à marcher sur trois notes,
Do, si, la...do!
Illuminations... le ciel pique un fard.
Inertie... dès que l'Infante avoue:
J'illustre vos dires inaudibles
Par une attitude inexplicable.
Ophélie Grevet ⓒ
23:02 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : littérature
14.10.2008
LES RESEAUX DE LA COLERE...
Tout est parti d'un droit de réponse dans le Nouvel Observateur en juin 1979, sur la polémique lancée par Pierre-Vidal-Naquet, à propos du livre "Le testament de Dieu" de Bernard-Henri-Lévy. L'historien y relevait plusieurs inexactitudes littéraires, erreurs grossières, citations fausses... et le jeune philosophe prenait la mouche, taxant son aîné de "procureur des lettres", de censeur du "grand tribunal des agrégés". Ces deux bateleurs, nullement analphabètes, de la pensée contemporaine vont s'étriper dans une lutte épistolaire tout, sauf piquée des vers. - L'intelligence de Pierre Vidal-Naquet s'épanouit sur le sol de la Vérité. Il observe à la loupe les événements historiques, connaît sur le bout des doigts l'oeuvre de bien des poètes, comme celle de Saint-John-Perse ( Alexis Léger), et refuse de voir cet entretien du Prix Nobel de littérature (1960), attribué à un autre:
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"... Le Testament de Dieu n’est pas un roman ni même un pamphlet, il se veut œuvre d’érudition et relève, à ce titre, de la critique, en gros et en détail.
Mais il y a plus grave. Bernard-Henri Lévy a parlé à mon propos de « pure et simple falsification ». C’est une expression dure à entendre pour un historien de métier et de vocation. Soit. Voyons un peu ce que nous apprend la critique des textes. Dans Le Monde du 5 janvier 1978, Bernard-Henri Lévy accorde un entretien à Gilbert Comte. On y lit ceci, qui fut dicté comme sien par le philosophe lui-même. Il s’agit de la langue française : « Je crois que la langue française est à la fois ma plus chère maladie et ma seule patrie possible. L’asile et l’antre par excellence. L’armure et l’arme par excellence. Un des lieux, en tout cas, où je me tienne en ce monde. » Beau texte. Mais une version, sans doute, « à peu près contemporaine », puisqu’elle date du 23 décembre 1941, lui fait « spectaculairement écho ». La voici : « Même si je n’étais pas un animal essentiellement français, […] la langue française serait encore pour moi la seule patrie imaginable, l’asile et l’antre par excellence, l’armure et l’arme par excellence, le seul “lieu géométrique” où je puisse me tenir en ce monde pour y rien comprendre, y rien vouloir ou renoncer. » Il s’agit d’une lettre de Saint-John Perse (Alexis Saint-Léger-Léger) à Archibald MacLeish, et on la trouvera dans les Œuvres complètes du poète (collection de la Pléiade), page 551. « Pure et simple falsification », avez-vous dit ?"
Pierre Vidal-Naquet ⓒ
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Le jeune philosophe, Bernard-Henri-Lévy, tiendra la dragée haute à l'historien. Impulsif, il lui répondra du tac au tac, mettant tous ses oeufs culturels dans le même panier: la Connaissance TGV et défensive. Un art, d' aujourd'hui, appliqué au quotidien. L'auteur de l'excellent "Baudelaire" est devenu, un peu malgré lui, le fils mal aimé des médias. Sans cesse sur la sellette, il lui faut s'éloigner pour mieux revenir. Le devant de la scène comme échafaud. A force, c'est tuant! Or, dans la "Comédie de la marmite", toujours il faut puiser. Tout est là, écrit... on pourrait presque dire - prédit. La fin, elle-même, n'existe pas. Il n'empêche, pour qu'il y ait duel, il faut des témoins... La critique a passé son chemin depuis belle lurette*, et les duellistes du nouveau siècle, sont copains comme cochons. Conclusion, ça ne risque plus guère de bouillir sous la marmite... Au fil du temps, la grâce et l'honnêteté intellectuelle ont fini par s'estomper. A leur place, toutes sortes de réseaux sont nés... Un bâillon fait maison. Un tissage minutieux de réseaux d'influence: médias, argent, politique. En coulisse, une spécialité française. On cause dans les bistrots et les brèves de zinc font même plus marrer: banque virtuelle, pensée virtuelle, même les cigares sont bidons. - Au poker, pour voir, faut quand-même une paire! - Une paire de c... - Dis Gaston, t'en penses quoi, de leur crise? Oh moi... Et son regard, seul, en dit long. Un regard noir et désabusé. Silencieusement, tristement, lourdement, ils sont peut-être en marche, les réseaux de la colère? Ophélie Grevet ⓒ
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*"....dans un pays de vieille et grande culture, un « auteur » peut-il se permettre d’écrire n’importe quoi, la « critique » le porter aux nues, le public le suivre docilement – et ceux qui dévoilent l’imposture, sans nullement être réduits au silence ou emprisonnés, n’avoir aucun écho effectif ?
Question qui n’est qu’un aspect d’une autre, beaucoup plus vaste : la décomposition et la crise de la société et de la culture contemporaines. Et, bien entendu aussi, de la crise de la démocratie. Car la démocratie n’est possible que là où il y a un ethos démocratique : responsabilité, pudeur, franchise (parrésia), contrôle réciproque et conscience aiguë de ce que les enjeux publics sont aussi nos enjeux personnels à chacun. Et, sans un tel ethos, il ne peut pas y avoir non plus de « République des Lettres » mais seulement des pseudo-vérités administrées par l’État, par le clergé (monothéiste ou non), par les médias. "
Cornelius Castoriadis ⓒ
15:02 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature









